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À Tenkodogo, des mains qui cousent la dignité
Date de publication : 06-10-2026
À Tenkodogo, Bagré et Koupéla, la Croix-Rouge burkinabè a appris à des filles et des femmes vulnérables à coudre leurs propres serviettes hygiéniques. Derrière les aiguilles, un enjeu discret mais décisif : il s’agit de vivre ses règles sans honte, sans manquer l'école et sans dépendre de personne.
Dans la salle, le bruit des ciseaux a vite remplacé les chuchotements. Pour beaucoup, parler des menstrues en public était jusque-là impensable.
Il y avait là des jeunes filles déplacées internes, scolarisées ou non, qui ont tout quitté sans emporter l'essentiel. Quand l'argent manque, la serviette devient un luxe, et les règles une raison de s'absenter ou de se cacher. Il y avait aussi des membres d'associations de personnes handicapées, et des mères qui s'occupent d'une fille ou d'une parente vivant avec une insuffisance musculaire chronique ou des séquelles d'AVC. Pour elles, la question est quotidienne : comment préserver l'hygiène et la dignité d'une proche qui ne peut le faire seule ?
Organisées avec les directions provinciales de la famille et de la solidarité du Boulgou et du Kourittenga, les sessions organisées en juin et en septembre 2026, ont d'abord ouvert la parole sur les droits à la santé sexuelle et reproductive. Puis on a coupé, cousu, essayé, recommencé. Les participantes ont confectionné plus de 250 serviettes réutilisables et 150 culottes de gestion de l'hygiène menstruelle. Ces dernières servent aussi à la gestion de l'après-couche des femmes handicapées.
L'inclusion s'est jouée dans les détails : une salle de plain-pied pour les fauteuils roulants, un coin discret pour les mères allaitantes. Ce sont de petites choses qui décident pourtant de qui peut s'asseoir et apprendre.
Ces ateliers ne règlent pas tout. Une serviette lavable ne remplace ni l'accès à l'eau ni les services de santé. Elle laisse pourtant un savoir-faire qui circule, d'une voisine à une sœur, d'une mère à sa fille. Dans quelques semaines, ces serviettes seront lavées, séchées, reprises. Le savoir-faire, lui, ne s'use pas : il passera de main en main, de voisine en voisine.
Le projet IMPACT-BF à l’origine de cette activité, est mis en œuvre par la Croix-Rouge burkinabè avec Light for the World et l'ADEP, grâce au financement de l'Agence autrichienne de développement.